Jean-Marie Fondacaro

« Que diable allait-il faire dans cette galère ? »
Molière, Les fourberies de Scapin

En suspens

La sculpture serait ce premier geste pour tenter de s’extraire de cette absurde et incompréhensible situation de la vie humaine dans la tragédie de sa finitude, suspendue entre naissance et mort, premier geste souvent maladroit d’appel d’un sens, et qui prend la forme, chez Fondacaro, de l’esquisse d’un pas de danse qui libèrerait le corps de l’homme des lois de la pesanteur…
Puis, parce qu’un premier pas en engage un autre puis un autre, se lancer dans le long parcours de la construction d’un chemin sur lequel ce premier pas l’aurait involontairement porté, puis emporté dans ce désir fou de légèreté.
Ce chemin est certes périlleux et exigeant, et le conduit en ce mouvement ascendant, s’allégeant de toute certitude quant au centre de notre gravité, au vertige du doute, celui que promet toute ascension. Seul l’exercice journalier marquera sur ce chemin d’élucidation, les cairns que sont les sculptures qui jour après jour indiquent, si ce n’est un sens, une direction prise et lèvent une pensée
dans le recul devenu nécessaire pour ne point rendre les armes.
Cette pensée s’articulera donc dans l’écriture que ces corps-sculptures tracent dans l’espace, s’affranchissant ainsi des aléas d’une psychologie souffrante ou d’une ambition égotique, déviances de l’art de notre temps, afin qu’en retour elle réponde à une logique interne et autonome. Pensée qui lui donnera la ligne de cette écriture qui se développera d’elle-même, prompte aux changements,
susceptible d’ouvrir celle-ci, au-delà de toute volonté représentative ou expressive, à sa propre vitalité.
Là commence le mystère lorsque cette écriture le surprend et le pousse à reconnaître la forme qu’elle lui impose comme malgré lui.

Parlant de son oeuvre, Louis Pons écrivait avec dérision cet aphorisme qui pourrait aussi bien s’adresser à Fondacaro :
« Il se prend pour une moitié d’oiseau, c’est son problème ».
Ainsi en serait-il ce qui conduit ici le sculpteur sur le difficile vecteur d’une pensée qui le mène à l’épure d’une verticalité, qui le mettrait à l’épreuve de ses propres limites.
Ce serait à ce point nodal de la menace d’une disparition même de la forme, que se pose aujourd’hui la nécessité d’une incarnation dans le corps qui se démultipliant, s’agglutinant, se solidarisant, se confondant, se clonant, reprend ce mouvement initial en une nouvelle direction, relançant le premier geste, réactivant la pensée selon un autre point de vue, non plus celui d’un élancement, devenu douloureux et vain, mais celui d’un retournement, d’une révolution qui ne prend plus l’oeuvre comme objet, mais lui confère celle d’un sujet, fut-il multiple, anonyme, telle une cohorte où les solitudes se nouent en un monstrueux conglomérat dont l’absurde mouvement serait l’effort ultime de trouver le sens de cette fuite éperdue.
Dans le mouvement de ces corps l’artiste s’interrogerait sur ce qui porte la nécessité de l’oeuvre, devant tant de fragilité et de force, d’humanité et de monstruosité, de nudité et de pudeur. Son regard l’emporte et nous importe.

Evelyne Artaud, février 2017
Critique d’art

« What on earth was he doing in this mess ? »
Molière, Les fourberies de Scapin

Outstanding

Sculpture would be this initial gesticulation which is an attempt to extricate oneself from the absurd and incomprehensible context of human life, from the tragedy of its finitude, suspended between birth and death, an initial often awkward gesticulation as an appeal for meaning, and which takes the form, for Fondacaro, as a hint of a dance step which would liberate the body of man
from the laws of gravity…
Then, because a first step engages another and then another, launches him on the long journey of constructing a path, onto which this first step would have unwittingly lead, then carried him away in a mad desire for weightlessness.
This path is certainly perilous and demanding, and leads in an ascending movement, alleviating all certainty as to where lies the center of our gravity, the vertigo of doubt, that which is implicit in every ascent. Only daily exercise will mark this path of elucidation, with cairns as sculptures which day after day indicate, if not a sense, a direction taken, and serve as a thought point in the
backward step required to avoid giving up.
This thought will henceforth articulate the lines that these body sculptures trace in space, thus freeing themselves from the vagaries of a suffering psychology or of an haughty ambition, deviations of the art of our times, so that In return it responds to an internal and autonomous logic. Thought which will give the line of the writing which will develop of itself, prompt to changes, capable of opening the latter, beyond any representative or expressive will, according to its own vitality.
There begins the mystery where the writing surprises him and impels to recognize the form which it imposes upon him, as though in spite of himself.
Speaking of his work, Louis Pons wrote derisively this aphorism which could equally well apply to Fondacaro:
« He thinks he’s half bird, that’s his problem ».
Thus it would be here, that which leads the sculptor to follow the difficult vector of thought leading through the purity of verticality, testing his own limits.
It would be at this nodal point of threat of disappearance of even that of form, now arises the necessity of incarnation in a body which multiplies, agglutinates, solidarizes, confounds, clones, resumes this initial movement in a new direction, reviving the first gesture, reactivating the thought from another point of view, no longer that of a yearning that has become painful and vain, but that of a reversal, a revolution which no longer takes the work as an object, but confers it a subject, be it multiple, anonymous, like a cohort in which the solitudes are tied into a monstrous conglomerate whose absurd movement would be the ultimate
effort to give meaning to this desperate flight.
In the movement of the bodies the artist seems to question the essence which inspires the necessity to create his work, faced with the expression of such fragility and strength, humanity and monstrosity, nudity and modesty. His viewpoint prevails and is important to us.

Evelyne Artaud, february 2017
Writer and curator


Artist's Artworks